22 octobre 2011

Le jour où je me suis fait harceler à Mombasa

Voyager en pays étranger permet de côtoyer des gens qui ont des cultures et des modes de vie différents des nôtres. Dans bien des cas, ces rencontres font la richesse d'un voyage et constituent de précieux souvenirs. Et si d'emblée nous faisons confiance aux gens que nous rencontrons, faut-il pour autant avoir une confiance absolue ?

En janvier 1997, j'ai voyagé seul au Kenya après un safari en camping mémorable d'une semaine. Alors que j'étais dans la vieille ville de Mombasa, sur la côte kenyane, un jeune homme africain s'est avancé vers moi. Il prétendait être un guide certifié et me proposait ses services. Voyant ma réticence, il insista sur le fait qu'il me serait impossible d'accéder à certains endroits sans être accompagné d'un guide (ça sentait l'arnaque). Malgré tout, il avait l'air sincère et il était très sympathique alors j'ai fini par accepter son offre.



La visite de la vieille ville en sa compagnie fut très intéressante et j'ai pu voir des choses qu'il m'aurait été impossible de voir par moi-même. Des choses qui n'existent même pas dans les guides de voyage. À mesure que le temps passait, notre conversation devenait de plus en plus amicale. Nous échangions sur nos vies respectives et rien ne laissait présager ce qui allait se passer plus tard. Au moment de se quitter, il m'a demandé si je comptais sortir en soirée. Puis il s'est offert pour m'amener dans une des boîtes de nuit les plus populaires de Mombasa. J'ai tout de suite pensé que ce serait bien alors j'ai accepté. Je lui ai donné rendez-vous plus tard en soirée dans le hall de mon hôtel (une grave erreur que je n'ai pas réalisée sur le coup).




Lorsqu'il s'est pointé à l'heure convenue, j'ai tout de suite remarqué que son comportement était différent. (Avec le recul, je pense qu'il avait peut-être consommé de l'alcool ou des drogues.) Néanmoins, je l'ai suivi jusqu'à ce bar qui surplombait l'océan Indien. Au début, tout se passait quand même relativement bien. Puis il a commencé à exiger que je lui paie ses consommations sous prétexte que j'étais un touriste blanc, donc que j'étais riche comparativement à lui qui vivait très pauvrement. Sur le coup, ça m'a surpris ! C'est alors qu'il est devenu de plus en plus agressif, toujours en insistant pour que je lui donne de l'argent. Je n'arrivais plus à le calmer et je ne comprenais plus ce qui se passait. Je perdais tout simplement le contrôle de la situation. Et j'ai commencé à avoir peur.

Sentant que la situation s'envenimait de plus en plus, j'ai profité d'un moment où il est allé aux toilettes pour me sauver. Oui, me sauver ! C'est la seule chose qui m'a passé par la tête. Je n'avais pas une seconde à perdre ! J'ai couru jusqu'à l'extérieur de la discothèque et je me suis dépêché de sauter dans un taxi. Mais au moment où le chauffeur s'apprêtait à démarrer, voilà que mon harceleur a surgi de nouveau ! Il s'est précipité vers nous en interpellant le chauffeur de taxi.



J'étais terrifié ! Mon harceleur s'entretenait maintenant avec mon chauffeur de taxi en swahili (la langue locale). Je ne pouvais donc comprendre ce qu'ils se disaient. J'ai alors supplié le chauffeur de taxi pour qu'on parte au plus vite, répétant sans cesse que je ne connaissais pas ce gars-là et que je ne voulais pas qu'il monte avec nous. Mais mon harceleur finit par ouvrir lui-même la portière arrière et prendre place à côté de moi. La situation était critique. Sans réfléchir davantage, j'ai demandé fermement au chauffeur de taxi de me ramener à mon hôtel avant de reconduire mon " ami " chez lui, et j'ai payé les deux courses. Par chance, il n'y a pas eu d'argumentation. En pénétrant dans le hall de mon hôtel, je me souviens que l'employé à la réception m'avait demandé si tout allait bien (je devais être dans tous mes états !).

Cette nuit-là, je n'ai pas beaucoup dormi. Je m'imaginais plein de scénarios et j'avais peur que mon harceleur revienne à mon hôtel. Heureusement qu'il y avait un gardien de sécurité à la porte, cela me rassurait un peu ! Quelle bonne idée j'avais eu de ne pas aller dans une auberge pour routards ! (Hasard ou destin ?)

Le lendemain, je prenais un vol pour l'archipel de Lamu (toujours au Kenya). J'étais soulagé de quitter Mombasa après ce qui venait de m'arriver. Malgré tout, j'ai passé le reste de mes vacances sur mes gardes à cause de cet événement.

Il va sans dire que j'étais jeune, naïf et insouciant, et que je suis tombé sur la mauvaise personne au mauvais endroit au mauvais moment. Le Kenya est un pays magnifique et le safari fut l'une des plus belles expériences qu'il m'a été donné de vivre. D'un autre côté, tout en étant prudent, on ne peut pas être constamment sur ses gardes et méfiant envers tout le monde. Cela porte à réflexion. Jusqu'où peut-on faire confiance en voyage ? Est-il possible de déceler les bonnes intentions ou les mauvaises intentions d'une personne, tout en sachant qu'on est plus vulnérable dans un pays qui n'est pas le nôtre ? Quand doit-on commencer à se méfier ? Difficile de répondre à ces questions.

Et vous, que feriez-vous si vous vous trouviez dans une pareille situation, tout en sachant que la police n'est souvent pas le meilleur recours possible dans plusieurs pays ? Avez-vous déjà été victime de harcèlement en vacances ? Faites-vous normalement confiance aux autres en voyage ou au contraire êtes-vous méfiant ?