11 décembre 2011

Une nuit sur la route en Inde

L'Inde est certainement l'un de mes plus beaux voyages pour la richesse des expériences vécues et le dépaysement culturel. D'ailleurs, je me promets d'y retourner un jour. Pourtant, ça n'a pas toujours été facile. Aujourd'hui, je vous fais le récit d'une toute petite partie de mon voyage.

***

Je suis à Varanasi, en Inde, avec Serge depuis trois jours. En ce début de soirée de février, nous devons prendre un train de nuit express pour Agra, située 600 km plus loin, où nous irons voir le fameux Taj Mahal. Au moment de quitter notre petit hôtel situé en bordure du Gange, le propriétaire de l'établissement, M. Sharma, croit bon nous prévenir que notre train semble avoir quelques heures de retard et nous informe qu'il peut nous obtenir une voiture privée avec chauffeur si on le désire. Nous choisissons malgré tout de nous rendre à la gare. « Appelez-moi s'il y a un problème ! » me dit M. Sharma.

Nous devons nous rendre à la gare de Mughal Sarai, à 18 km d'ici. Nous suivons d'abord un employé de l'hôtel qui nous guide à pied dans une petite allée sombre jonchée de déchets et d'excréments. Au bout de cinq minutes, nous débouchons enfin sur la rue. Puis notre taxi arrive au moment où un cortège de fêtards (probablement un mariage) prend la rue d'assaut dans un vacarme assourdissant.

Nous entrons dans la gare et je constate alors que notre train de 22 h 20 ne figure pas encore sur le tableau des départs. La gare est petite et peu accueillante. Tous les guichets sont fermés et j'essaie en vain de trouver quelqu'un qui parle anglais et qui pourra me renseigner. Au bout d'un moment, notre train est annoncé ... avec un départ retardé jusqu'à 6 h le lendemain matin ! Les scénarios se bousculent alors dans ma tête. Mon plan était de visiter le Taj Mahal le lendemain car le surlendemain est le jour de la semaine où le site est fermé au public. Or, je ne veux pas décaler mon itinéraire de deux jours. Je ne sais trop quoi faire.

Le hall de la gare ressemble maintenant à un campement improvisé alors que de nombreux Indiens sont couchés sur le sol parmi leurs valises et leurs paquets. L'endroit nous paraît peu sûr et nous ne voulons pas rester une minute de plus ici. Je décide d'appeler M. Sharma. Nous trouvons enfin une cabine téléphonique munie d'un préposé. Je réussis à joindre M. Sharma. Pendant que j'ai peine à comprendre ce qu'il me dit à cause de son accent et du bruit qu'il y a tout autour de moi, Serge tente de repousser deux Indiens un peu trop curieux qui essaient d'entrer dans la cabine déjà un peu trop exiguë avec nos deux sacs à dos.

M. Sharma nous demande de revenir à Varanasi pendant qu'il essaie d'arranger quelque chose pour nous. Nous bravons à nouveau une armée d'Indiens qui nous suivent comme des sangsues, sautons dans un taxi pour refaire le trajet en sens inverse et rappelons M. Sharma. Puis nous prenons un auto-rickshaw (petit véhicule motorisé à trois roues) et sommes contraints de donner un pot-de-vin pour franchir un barrage routier et finalement arriver à l'endroit où M. Sharma nous a donné rendez-vous. Il est maintenant 23 h 30. Nous sommes de retour à la case départ.

Au bout d'un moment, M. Sharma se pointe enfin. Il est accompagné du chef de police de la ville. « Je vous présente mon ami. Il est là pour assurer notre sécurité. » nous dit-il. À Varanasi, on conseille en effet aux touristes de ne pas traîner inutilement dans les rues passé 22 h. La voiture privée qui doit maintenant nous amener jusqu'à Agra arrive au même moment. Il s'agit d'un véhicule de style 4x4 et notre chauffeur a l'air d'un type plutôt bien. Je suis rassuré et inquiet à la fois. L'idée de rouler sur les routes indiennes la nuit ne me plaît guère, sachant que l'éclairage est déficient, que les obstacles sont nombreux et que les règles de circulation sont à peu près inexistantes. Nous prenons place sur la banquette arrière après avoir remercié une dernière fois M. Sharma pour son aide. C'est finalement sur le coup de minuit que nous quittons Varanasi pour de bon.

Il fait un peu froid et le brouillard s'est installé. En cette période de l'année dans le nord de l'Inde, le mercure atteint les 25°C le jour mais peut facilement descendre jusqu'à 5°C la nuit, favorisant ainsi l'apparition de brouillard. Par ailleurs, même en plein jour, le temps est souvent brumeux. Cela est dû aux nombreuses particules de polluants et de poussières en suspension dans l'air (on parle alors de brume sèche dans les bulletins météo), l'Inde étant l'un des pays au monde détenant les pires statistiques concernant la pollution atmosphérique.

Cette nuit, le brouillard est si dense que la visibilité est presque nulle. De plus, il y a tellement de poussières que notre chauffeur doit faire marcher les essuie-glaces ! Bizarrement, l'Inde aux couleurs éclatantes que j'ai connu jusqu'à maintenant m'apparaît soudainement en noir et blanc. Tout semble irréel et j'ai l'impression que nous sommes dans une autre dimension. Notre chauffeur nous ramène vite à la réalité en insérant un disque dans le lecteur CD. Les airs lancinants et les petites voix criardes des chansons bollywoodiennes vont nous accompagner pour le reste du trajet ...

Nous roulons à 50 km/h tout au plus. Notre chauffeur klaxonne régulièrement pour dépasser les nombreux camions, comme le suggèrent les mots « Horn me » peints à l'arrière de ceux-ci. Nous en dépasserons des centaines cette nuit, dont plusieurs seront carrément immobilisés sur la route ... sans feux de signalisation. Soudain, nous apercevons des phares au loin dans le brouillard qui se dirigent vers nous. Notre chauffeur nous explique que l'autoroute venant en sens inverse doit être bloquée et que les véhicules ont manifestement traversé le terre-plein pour circuler à contresens. Nous restons bouche bée !

Le soleil se lève enfin, mais nous devons nous rendre à l'évidence qu'il nous reste encore plusieurs heures de route à faire avant d'arriver à Agra. Nous faisons un bref arrêt dans une halte de camionneurs où on a l'impression de ne pas être les bienvenus. Notre chauffeur avale un petit déjeuner en vitesse alors que nous nous contentons d'un masala chai (thé indien épicé) et de quelques barres tendres que mon copain traîne toujours avec lui.

Vers 15 heures, nous arrivons finalement à Agra et notre chauffeur nous dépose enfin à notre hôtel. Nous avons à peine le temps de s'enregistrer à l'hôtel, de réserver un guide pour la visite du Taj Mahal et de prendre une douche en toute vitesse pour être certain d'arriver avant la fermeture des guichets.

Nous y sommes enfin. Après avoir franchi le portail, tel un mirage, le Taj Mahal m'apparaît soudainement au bout d'un jardin et d'un long bassin rectiligne. Je suis en admiration devant cette merveille architecturale devenue le monument emblématique de l'Inde. Il n'y a pas de mots pour décrire la beauté de ce gigantesque mausolée dédié à l'amour perdu de l'empereur Shah Jahan. Dans la douce lumière de cette fin de journée, le Taj Mahal semble irréel et tout droit sorti de l'imaginaire, tout comme la nuit que nous venons de passer ...

Merci à M. Sharma pour son dévouement et son aide si précieuse.


Photo Mario Dubé

Photo Mario Dubé

Sita, l'hôtel de M. Sharma en bordure du Gange à Varanasi - Photo Mario Dubé

Vous aimerez peut-être aussi mes précédents articles : L'Inde : mode d'emploi et Souvenirs de l'Inde.
Et pour voir les photos de mon voyage en Inde, par ici.

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